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1 étudiant en médecine sur 2 victime de burnout

« Burnout chez les étudiants en médecine (avant l’internat) : statistiques et analyse complète* » est une étude écrite par Ariel Frajerman et co-signée par le Pr Marie-Odile Krebs, cheffe du service hospitalo-universitaire – Centre Hospitalier Sainte-Anne/GHT Paris, et le Pr Philip Gorwood, chef du service de la Clinique des Maladies Mentales et de l’Encéphale (CMME) – CHSA /GHT Paris.

17.431 étudiants en médecine ont été interrogés entre 2010 et 2018. Le résultat de cette revue est sans appel : 1 étudiant sur 2 souffre de burnout entre sa 1ère et 6ème année de médecine. 7 588 étudiants ont été interrogés concernant la forme de cette maladie et 3 sous-ensembles ont été définis : l’épuisement émotionnel, la dépression et l’accomplissement personnel.

Les femmes sont autant touchées que les hommes. Le taux des personnes souffrant de burnout est en revanche inégal selon les cultures : les plus touchés sont les étudiants des pays asiatiques et d’Océanie. L’Amérique et l’Europe sont un peu plus préservées. Des raisons géopolitiques externes (guerre, terrorisme) affectent logiquement plus les étudiants de ces pays.

Les causes principales qui ressortent sont le programme universitaire, le stress engendré par la compétition des concours, les examens, le coût des études, la charge de travail à l’hôpital durant les stages et les conditions de travail, notamment le management.

La dépression et le burnout sont reliés réciproquement. A cela s’ajoute l’anxiété, la consommation de tabac et d’alcool, et les pensées suicidaires qui ne font que nourrir le mal-être qui s’installe. L’Académie de médecine en France a rapporté que le burnout pouvait d’ailleurs apparaître avant le développement d’un désordre psychique comme l’anxiété ou la dépression.

Cette étude démontre l’urgence de mettre en place une prévention des troubles psychiatriques chez les étudiants et dans leur environnement. La fréquence élevée des épisodes du burnout peut s’expliquer notamment par le conflit qui existe entre une certaine autonomie et une responsabilité de l’étudiant durant les stages et son jeune âge ou encore par la proximité quotidienne à la souffrance et la mort des patients.

Le Dr Donata Marra** a présenté plusieurs propositions pour améliorer cette situation. La première recommandation est de reconnaître comme telle la détresse psychologique des étudiants. Des aides psychologiques et d’orientation pourraient ainsi être mises à disposition de chacun dans les universités.

La deuxième étape serait de réduire la charge de travail et le rapport à la compétition et au classement. La dernière recommandation est de former les encadrants à mieux manager leurs étudiants et à leur apprendre à déceler les signes de détresse psychologiques et les premiers symptômes du burnout.

La mise en place de ces solutions, notamment à l’université Saint Louis, aux Etats-Unis a largement fait ses preuves et le taux de burnout a considérablement baissé.
Cette étude doit alerter les formateurs et les responsables sur la nécessité d’apporter rapidement des propositions grâce à la destigmatisation de la détresse psychologique, la prévention et la reconnaissance des symptômes.

Burnout in medical students before residency: a systematic review and meta-analysis, Revue European Psychiatry, 2018
** Dr Donata Marra* a remis un rapport sur « la qualité de vie des étudiants en santé» à la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn le mardi 3 avril 2018.